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Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes (ARCEP)

LE 20 MAI 2005, L’ART DEVIENT L’ARCEP

L’Autorité de Régulation des Télécommunications (ART) avait été créée par la loi de 1996 pour réguler le secteur des télécommunications. En 2005, le législateur a souhaité lui confier également la régulation des activités postales. C’est ainsi que l’ART est devenue l’ARCEP : l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes.
LA REGULATION DES TELECOMMUNICATIONS ET LA CREATION D’UNE AUTORITE SECTORIELLE

Un processus d'ouverture initié par la loi de 1996

La création d’une autorité administrative indépendante pour réguler la concurrence dans le secteur des télécommunications est la conséquence de l’ouverture à la concurrence de ce secteur, auparavant en situation de monopole légal, en dehors du secteur de la téléphonie mobile. L’ouverture d'un marché présentant de très fortes barrières à l’entrée nécessite en effet une régulation sectorielle, complémentaire au droit commun de la concurrence, pour permettre l’entrée de nouveaux acteurs et le développement d’une concurrence. En outre, les facteurs technologiques et les structures de coût qui conduisent naturellement à une situation de monopole ne disparaissent pas avec l’ouverture du marché. Toutefois, la régulation sectorielle sera appelée à progressivement s’effacer au profit du droit commun de la concurrence à mesure que les conditions concurrentielles sur les différents segments du marché des communications électroniques seront satisfaisantes.

En France, c'est la loi du 26 juillet 1996 qui a ouvert le secteur des télécommunications à une concurrence totale programmée le 1er janvier 1998 et qui a créé l'ART, mise en place le 5 janvier 1997.

L’ART a fonctionné depuis sa création sur la base la loi de 1996 qui avait organisé l’ouverture à la concurrence du secteur en transposant des directives européennes datant du début des années 1990. Une autre période s'est ouverte en juin 2004 avec la transposition en droit français du " paquet télécom ", nouvel ensemble de directives adoptées, suite à un processus de révision, début 2002.

Un cadre réexaminé en 2002

Le processus législatif de transposition des directives de 2002 s'est achevé en France le 3 juin 2004 avec le vote de la loi relative aux communications électroniques et aux services de communication audiovisuelle par le Parlement. Trois nouvelles lois organisent désormais le secteur des télécommunications en France et définissent les pouvoirs du régulateur :

  • La loi relative aux communications électroniques et aux services de communication audiovisuelle (dite de transposition du"paquet télécom") adoptée le 3 juin 2004.

Cette loi vise à adapter la régulation sectorielle à la diversité des situations de concurrence sur les différents marchés et à prendre en compte la convergence des technologies. Elle donne à cette seconde et nouvelle étape de la régulation une dimension plus économique et communautaire.

  • La loi pour la confiance dans l'économie numérique (LEN) adoptée le 13 mai 2004.

Cette loi précise un certain nombre de modalités d'exercice des activités de télécommunications comme, par exemple, la possibilité, pour les collectivités locales, d'exercer l'activité d'opérateur ou bien encore le mode de calcul de la contribution des opérateurs au service universel.

Cette loi intègre des modifications réglementaires liées à la transposition de la directive sur le service universel et les droits des utilisateurs au regard des réseaux et des services de communication électroniques. Ainsi, France Télécom n'est plus l'opérateur en charge du service universel désigné par la loi et la désignation du ou des opérateurs en charge du service universel se fait désormais sur appel à candidatures.

Les nouvelles lois

Les principaux objectifs poursuivis par le législateur sont de :

  • favoriser " l’exercice au bénéfice des utilisateurs d’une concurrence effective et loyale ".

La concurrence n’est pas une fin en soi ; elle a pour objectif de fournir aux consommateurs, particuliers ou entreprises, une meilleure qualité de service à de meilleurs prix et une diversité de services répondant à leurs attentes.

  • veiller " à la fourniture et au financement de l’ensemble des composantes du service public des télécommunications ", dont la loi du 31 décembre 2003 a réaffirmé le principe dans un environnement concurrentiel.

Le service public des télécommunications inclut le service universel qui comprend :

- la fourniture à tous d'un service téléphonique de qualité à un prix abordable ;

- la fourniture d’un service de renseignements et un annuaire d’abonnés, sous formes imprimée et électronique ;

- l’accès à des cabines téléphoniques publiques installées sur le domaine public ;

- l’accès aux utilisateurs finaux handicapés au service téléphonique, aux services de renseignements et aux cabines publiques dans des conditions équivalentes à celles dont bénéficient les autres utilisateurs.

  • veiller " au développement de l’emploi, de l’innovation et de la compétitivité dans le secteur des télécommunications ".

La concurrence ne vaut que si elle est un facteur de développement du marché et de l’économie. Le régulateur, dans ses avis et décisions, s’attache à favoriser l’emploi et l’innovation des entreprises du secteur en préservant un environnement favorable à leur compétitivité.

  • prendre en compte " l’intérêt des territoires et des utilisateurs dans l’accès aux services et aux équipements ".

La préoccupation de l’aménagement du territoire doit être présente dans les décisions du régulateur, par exemple pour favoriser la couverture mobile et pour étendre le haut débit dans les zones peu denses.

Quelques grandes dates de la régulation des télécommunications,
de la création de l’ART à sa transformation en ARCEP

- 26 juillet 1996 / Réglementation / Adoption de la Loi de réglementation des télécommunications.

- 5 janvier 1997 / Réglementation / Création de l’ART

- 1er janvier 1998 / Concurrence / Ouverture du marché de la voix (longue distance et international)

- 24 février 1998 / Numérotation / L’ART adopte des règles de gestion du plan de numération national

- 11 mars 1998 / Internet dans les écoles / L’ART rend un avis défavorable sur la proposition tarifaire de France Télécom

- juillet 1998 / Internet sur le câble / A la suite d’un règlement de différend, L'ART fixe un calendrier précis pour l'ouverture du service Internet sur le réseau câblé de Paris

- 30 novembre 1999 / BLR / Lancement d’un appel à candidatures ;

- 8 décembre 1999 / Présélection / L’ART précise les conditions et les délais de mise en œuvre de la sélection du transporteur, appel par appel et de la présélection ;

- décembre 1999 - février 2000 / Accès haut débit / L’ART met en demeure France Télécom de soumettre à homologation ses offres d’accès ADSL ; le Conseil de la concurrence lui enjoint de proposer à ses concurrents une offre d’accès à un circuit virtuel permanent (option 3) ou toute solution équivalente ;

- 18 août 2000 / UMTS / Lancement du premier appel à candidatures ; le 2ème est lancé fin 2001 ;

- 1er novembre 2000 / Présélection / Mise en œuvre de la présélection pour les appels à destination des opérateurs mobiles ;

- décembre 2000 - février 2001 / Accès haut débit / L’ART met en demeure France Télécom de fournir des informations nécessaires à la mise en œuvre de l’accès à la boucle locale et lui demande de modifier son offre de référence ;

- 18 juillet 2001 / Présélection / L’ART précise les conditions et les délais de mise en œuvre de la sélection du transporteur pour les appels locaux qui intervient le 1er janvier 2002 ;

- 16 novembre 2001 / Appels fixe vers mobile / L ’ART décide une baisse d’environ 40% sur 3 ans du prix moyen des charges de terminaison d’appels fixe-mobile pour les deux opérateurs puissants sur le marché de l’interconnexion, Orange France et SFR ;

- avril 2002 / Réglementation / Publication par la commission européennes des directives du " paquet télécom "

- avril 2002 - juillet 2002 / Accès haut débit / L’ART impose à France Télécom une modification des conditions tarifaires et opérationnelles du dégroupage, une baisse de l’option 5 et de l’option 3.

- 25 juillet 2002 / WiFi / Libéralisation de la bande de fréquences des 2,4 GHz ;

- 9 janvier 2003 / Accès haut débit / Les conditions tarifaires et techniques de l’offre ADSL Connect ATM (option 3) sont précisées ;

- 11 février 2003 / Analyse des marchés / La Commission européenne prend une recommandation sur les marchés pertinents ;

- 23 juillet 2003 / PNM / Mise en œuvre de la portabilité des numéros mobiles ;

- 23 septembre 2003 / Annuaires / L’ART détermine les conditions économiques concurrentielles de la mise en place d’annuaires universels et de services de renseignements téléphoniques :

- 9 décembre 2003 / Accès haut débit / L’ART rend un avis favorable sur les offres " collecte IP ADSL " et " IP ADSL " de France Télécom. La différenciation des tarifs de gros rapproche les tarifs de l’option 5 de la structure des coûts sous-jacents.

- 31 décembre 2003 / Service universel / Promulgation de la loi sur le SU ;

- 2 avril 2004 / Mobile / Renouvellement pour 15 ans des licences GSM d’Orange France et SFR ;

- 16 avril 2004 / Analyse des marchés / L’ART publie sa première analyse d’un marché pertinent, celui de la terminaison d’appel sur les réseaux mobiles ;

- 13 mai 2004 / Réglementation / Le Parlement adopte la LEN qui autorise les collectivités à devenir opérateurs de télécommunications ;

- 3 juin 2004 / Réglementation / Le Parlement adopte la loi de transposition en droit français du nouveau cadre réglementaire européen ;

- 13 octobre 2004 / Portabilité des numéros mobiles / L'Autorité propose de réduire le délai de portage des numéros à un mois, voire quinze jours (au lieu de deux mois) ;

- 15 octobre 2004 / Haut débit / La France en tête du dégroupage en Europe avec plus d'un million de lignes dégroupées ;

- 27 octobre 2004 / Plan de Numérotation / L'Autorité lance une réflexion sur l’évolution du plan de numérotation téléphonique en France ;

- 3 décembre 2004 / Services de renseignements / L'Autorité annonce l’ouverture de numéros de la forme 118XYZ pour remplacer le " 12 " comme numéros d’appel pour les renseignements téléphoniques ;

- 10 décembre 2004 / Terminaison d'appel mobile en métropole / L’ART conclut sa première analyse de marché. Elle impose aux trois opérateurs mobiles une baisse des tarifs de gros des appels fixe vers mobile de 36 % sur 2 ans.

- 17 décembre 2004 / MVNO / Suite à son analyse du marché de l’accès et du départ d’appel sur les réseaux mobiles, l’ART propose d’imposer aux trois opérateurs mobiles métropolitains de faire droit aux demandes d’accès raisonnables des opérateurs virtuels (MVNO)

- 22 décembre 2004 / Portabilité des numéros mobiles / L’Autorité annonce la suppression de la clause d’inéligibilité pour litige de facturation et la mise en place d’un bon de portage unique pour les entreprises et les entités publiques ;

- 3 février / Abonnement téléphonique / L’ART émet un avis favorable sur la hausse de l’abonnement téléphonique. En contrepartie, France Télécom devra mettre en oeuvre la revente en gros de l'abonnement au 1er trimestre 2006 au plus tard et améliorer les conditions, notamment tarifaires, du dégroupage ; le tarif mensuel du dégroupage total est ramené à 9,5 euros (prix plafond) au 1er juin 2005 et pour les trois années suivantes ;

- 4 février 2005 / Services de renseignements / L'ART définit les conditions de mise en œuvre des numéros qui remplaceront, à partir du 3 avril 2006, le " 12 ".

- 9 février 2005 / Accès haut débit / L’ART donne un avis favorable à la baisse des tarifs de gros IP/ADSL qui permettra aux fournisseurs d’accès de proposer au même tarif, partout sur le territoire, des offres avec de plus hauts débits ;

- 8 mars 2005 / WIMAX / L'ART publie une expertise juridique demandée au président Labetoulle sur les conditions dans lesquelles les collectivités pourraient se voir attribuer des licences de BLR ;

- 30 mars 2005 / Dégroupage / L'ART publie ses axes de travail pour assurer le développement géographique du dégroupage partiel et le décollage du dégroupage total à grande échelle ;

- 31 mars 2005 / Tarifs du dégroupage / Suite à l'arrêt du Conseil d'Etat du 25 février 2005 annulant pour un motif de forme, mais pas sur le fond, la décision prise par l'ARTen 2002, l'Autorité publie une nouvelle décision décrivant sa méthode de calcul des coûts du dégroupage ;

- 14 avril 200 / Dégroupage / L’Autorité lance une consultation publique sur les méthodes de valorisation de la boucle locale de cuivre ; elle permettra notamment à l'ART de vérifier si les tarifs de l'opérateur historique sont bien orientés vers les coûts, notamment pour fixer les tarifs du dégroupage total, ou de contrôler l'application d'une obligation de séparation comptable ;

- 20 avril 2005 / Courants porteurs en ligne / L'Autorité lève le caractère expérimental qui encadrait jusqu'à présent le déploiement des réseaux filaires en CPL ;

- 20 mai 2005 / Réglementation / Le Parlement adopte la Loi relative à la régulation des activités postales (JO du 21 mai 2005) qui confie à l’ART la régulation de ces activités. L’ART devient l’ARCEP, l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes ;

- 20 mai 2005 / UMTS / L’ARCEP décale les obligations de déploiement UMTS de Bouygues Telecom de 28 mois. L’opérateur lancer l’ UMTS au plus tard le 30 avril 2007 et couvrir à cette date au moins 20% de la population ;

- 31 mai 2005 / MVNO / L'Autorité place sous surveillance les marchés de gros et de détail de l'accès et du départ d'appel mobile. Au vu de l'évolution concurrentielle de ces marchés, elle notifiera une nouvelle analyse à la Commission avant le 30 décembre 2006 ;

- 6 juin 2005 / Haut débit / L’Autorité conclut son analyse des marchés de gros du haut débit (dégroupage et offres de gros d’accès large bande livrées au niveau régional). France Télécom exerce une influence significative sur ces deux marchés et se voit imposer des obligations, notamment sur les modalités d’accès à son réseau par ses concurrents ;

- 14 juin 2005 / Services de renseignements / 31 candidats participent au tirage au sort des numéros 118XYZ.

Le cadre juridique actuel des télécommunications

Les textes fondateurs

Les lois adoptées par le Parlement transposent en droit français le nouveau cadre réglementaire du secteur des communications électroniques dont s’est dotée l’Union européenne début 2002. Objectifs visés : adapter le cadre juridique à la convergence des réseaux - qui conduit à séparer plus nettement la réglementation des contenants et des contenus -, rapprocher le droit sectoriel du droit de la concurrence, harmoniser le marché au plan européen.

Le cadre juridique européen actuel (issu des directives de 2002)
s’appliquant au secteur des communications électroniques repose sur plusieurs textes :

Six directives

  • Directive " cadre ", directive 2002/21/CE du Parlement européen et du Conseil, du 7 mars 2002.
  • Directive " accès ", directive 2002/19/CE du Parlement européen et du Conseil, du 7 mars 2002.
  • Directive " autorisation ", directive 2002/20/CE du Parlement européen et du Conseil, du 7 mars 2002.
  • Directive " service universel ", directive 2002/22/CE du Parlement européen et du Conseil, du 7 mars 2002.
  • Directive " vie privée et communications électroniques ", directive 2002/58/CE du Parlement européen et du Conseil, du 12 juillet 2002.
  • Directive " concurrence ", directive 2002/77CE du Parlement européen et du Conseil, du 16 septembre 2002.

Une décision

  • Décision " spectre radioélectrique ", décision N° 676/2002/CE du Parlement européen et du Conseil, du 7 mars 2002

Des textes d’application

  • Lignes directrices de la Commission du 11 juillet 2002 sur l’analyse des marchés et l’évaluation de la puissance sur le marché en application du cadre réglementaire communautaire pour les réseaux et les services de communications électroniques.
  • Recommandation de la Commission du 11 février 2003 concernant les marchés pertinents de produits et de services dans le secteur des communications électroniques susceptibles d’être soumis à une réglementation ex-ante conformément à la directive " cadre ".


La logique du cadre juridique issu des directives de 2002

Le cadre juridique issu des directives européennes consacre le rôle de la régulation sectorielle ex ante pour conduire les marchés du secteur vers la pleine concurrence et pour préparer la transition vers l’application du droit général de la concurrence.

Il prend en compte :

- l’évolution de la concurrence : la progression de la concurrence sur les différents marchés suppose l’adaptation de la régulation de manière plus fine à la diversité des situations de concurrence sur les différents segments du marché des communications électroniques. Ainsi, 18 marchés pertinents sont prédéfinis par la Commission européenne, au lieu de 4 dans le cadre réglementaire français antérieur.

- la convergence des réseaux : le phénomène de convergence est pris en compte afin d'établir un cadre juridique harmonisé pour l’ensemble des réseaux - qu’il s’agisse d’infrastructures de télécommunications ou des réseaux câblés notamment - qui conduit ainsi à ne plus parler de télécommunications mais de "communications électroniques" .

Ce cadre juridique prévoit :

- l’allègement du régime des licences : un régime d’autorisation générale remplace le régime d’autorisation individuelle. La distinction entre réseaux et services ouverts ou non au public disparaît. Tous les fournisseurs bénéficient des mêmes droits sans discrimination.

- l’allègement de la réglementation et de la régulation :

  • la régulation ex ante ne doit s’appliquer que si le degré de concurrence sur certains marchés définis est jugé insuffisant ;
  • l’intervention ex ante sur les marchés de gros est privilégiée. La régulation des marchés de détail n’intervient qu’en deuxième instance ;
  • suppression des autorisations individuelles et passage à un régime déclaratif d’autorisation générale ;
  • allègement du contrôle tarifaire ;
  • les marchés émergents sont exempts d’une régulation ex ante

- le renforcement de la transparence dans l’exercice de la régulation :

  • les décisions importantes doivent faire l’objet d’une consultation publique préalable ;
  • Le régulateur doit justifier systématiquement ses décisions

- le renforcement du rôle d’harmonisation de la Commission européenne :

  • toutes les décisions importantes prises par les régulateurs des 25 Etats membres doivent être notifiées à la Commission européenne ;
  • la Commission dispose d’un droit de veto sur la définition des marchés pertinents susceptibles de faire l’objet d’une régulation ex ante et la désignation des opérateurs puissants ;
  • les décisions concernant l’analyse des marchés sont notifiées pour avis aux autres régulateurs européens ;

- le recours aux principes du droit de la concurrence : la régulation du secteur des communications électroniques s’appuie sur les principes fondamentaux, concepts et raisonnements du droit de la concurrence. Le régulateur utilise les outils du droit de la concurrence pour analyser les marchés et déterminer les opérateurs dominants. Cette analyse des marchés pertinents est conduite en concertation avec le Conseil de la concurrence.

Le nouveau cadre juridique issu des directives européennes va permettre au régulateur de mieux cerner la réalité du marché des télécommunications en général et de prendre en compte plus finement la diversité concurrentielle de ses composantes. Le régulateur sera ainsi plus à même de lever les obstacles freinant la concurrence grâce à des moyens d’intervention mieux adaptés car modulables.

De nouveaux acteurs dans les télécoms : les collectivités territoriales

L’article L.1425-1 du code général des collectivités territoriales a étendu de manière significative le champ de compétences des collectivités territoriales dans le domaine de l’aménagement numérique des territoires (Loi pour la confiance dans l’économie numérique du 13 mai 2004) en les autorisant à devenir opérateur d’opérateurs de réseaux de télécommunications, voire même opérateur de services en cas d'insuffisance de l'initiative privée.

Les collectivités territoriales peuvent choisir entre un mode de gestion directe de leur réseau ou un mode de gestion déléguée. Elles peuvent décider d’avoir recours pour la construction des infrastructures de télécommunications et leur exploitation à diverses modalités juridiques (régie, marchés publics ou délégation de services publics, etc). Elles doivent s’assurer que la mise à disposition de ces infrastructures aux opérateurs se fasse dans des conditions transparentes et non discriminatoires.

En effet, si la légitimité d’une action publique locale pour réduire les disparités territoriales dans l’accès au haut débit est aujourd’hui reconnue, l’octroi de subventions publiques dans le secteur marchand des communications électroniques doit se faire dans le respect de la concurrence. Cela nécessite un accès égal pour tous à ces réseaux. Il s’agit d’un élément déterminant pour la réussite des projets et pour l’intérêt des collectivités territoriales.

Comme tout opérateur, les collectivités territoriales (ou leurs délégataires) seront soumises à la régulation sectorielle exercée par le régulateur conformément au code des postes et télécommunications. Si le régulateur n’a pas à donner un avis sur chaque projet des collectivités territoriales, il travaille néanmoins à l’élaboration d’un certain nombre de principes généraux permettant aux collectivités de concilier action publique et concurrence.

Le respect des principes généraux de neutralité, d’ouverture et d’égalité implique que :

- les informations recueillies par une collectivité territoriale pour répondre à une demande d’un opérateur doivent être mises à la disposition de l’ensemble des opérateurs ;

- les actions d’information et de promotion du haut débit doivent être mises en œuvre de manière neutre et ne doivent pas assurer la promotion des services d’un seul opérateur ou FAI ;

- les aides financières doivent être attribuées selon des modalités compatibles avec les règles nationales et communautaires.

Le dossier

LA REGULATION DES ACTIVITES POSTALES ET LA CREATION DE L’ARCEP

En 2005, le législateur a confié la régulation des activités postales à L’ART qui devient l’ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes), autorité administrative indépendante dotée de pouvoirs spécifiques en matière de régulation postale.

La loi de régulation des activités postales du 20 mai 2005

La loi n° 2005-516 du 20 mai 2005 relative à la régulation des activités postales a été publiée au Journal Officiel le 21 mai 2005. Elle vise à concilier l’existence et la viabilité du service universel postal avec l’introduction graduelle de la concurrence sur le marché des envois de correspondance.

Elle est organisée autour de trois axes majeurs, qui renvoient chacun à différents articles :

- L’organisation du marché des activités postales, qui fait essentiellement l’objet de l’article 1er de la loi ;

- La mise en place d’une régulation de ce marché (article 2) . Le législateur a confié la régulation des activités postales à L’ART, qui devient l’ARCEP. Il a donné à l’ARCEP la mission de veiller à l’ouverture et au bon fonctionnement du marché postal ainsi qu’au financement et à la sauvegarde du service universel postal.

- La refonte du cadre juridique des services financiers de La Poste, objet de l’article 8, est hors du champ de la régulation postale. Les activités bancaires de La Poste et sa mission d’aménagement du territoire ne rentrent effectivement pas dans les compétences de l’ARCEP.

Ce nouveau cadre juridique transpose en droit national la directive européenne du 15 décembre 1997, notamment pour ce qui concerne la création d’un régulateur indépendant et la directive du 10 juin 2002 relative à la poursuite de l’ouverture à la concurrence des services postaux de courrier.

La transformation de l’ART en ARCEP

Le législateur a donné à l’ARCEP la mission de veiller à l’ouverture et au bon fonctionnement du marché postal tout en veillant au financement et à la sauvegarde du service universel.

L’ARCEP prend en charge cette mission à travers principalement :

  • la délivrance des autorisations sur les activités qui s’ouvrent à la concurrence,
  • le contrôle comptable et tarifaire du prestataire du service universel,
  • le règlement de différends entre les opérateurs,
  • le contrôle de la mission de service universel de La Poste et notamment de ses performances en matière de qualité de service,
  • la possibilité de faire des recommandations et d’émettre des avis sur le financement du service universel.

La loi de régulation des activités postales crée, sur le socle de l’ART, une autorité de régulation indépendante dénommée l’ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes) dotée de pouvoirs spécifiques en matière de régulation postale.

LES MISSIONS ET ATTRIBUTIONS DE L’ARCEP

Secteur des télécommunications

Le nouveau régime juridique adopté définit des procédures et non plus, comme dans la loi de 1996, un cadre relativement rigide avec des listes d’obligations à appliquer. La première étape, fondamentale, prévue par le nouveau cadre, est l’analyse des marchés pertinents. Elle permet de définir et de justifier ce qui, auparavant, était directement inscrit dans la loi. Ce sont en effet les analyses de marchés qui vont fonder la régulation des prochaines années.

L’autre importante évolution du nouveau régime juridique concerne les compétences du régulateur, qui sont élargies mais plus encadrées.

L’analyse des marchés et les obligations

L’une des principales attributions de l’ARCEP est de veiller à ce que la concurrence s’exerce effectivement sur les 18 différents segments de marché - dits marchés pertinents - identifiés par la Commission. Il lui appartient, au terme de son analyse, d’identifier les opérateurs puissants sur ces marchés et de leur imposer le cas échéant des obligations justifiées, proportionnées et fondées sur la nature du problème concurrentiel identifié. Cette action s’exerce principalement sur les marchés de gros. Ces obligations, ou remèdes, sont définies dans les directives :

Les obligations listées dans la directive " accès " :

- transparence
- publication d’une offre de référence
- non discrimination
- accès à des ressources de réseau spécifiques et à leur utilisation
- contrôle des prix et des obligations relatives au système de comptabilisation des coûts (orientation des tarifs vers les coûts) ;
- séparation comptable.

Les obligations (liste non exhaustive) issues de la directive " service universel " :

  • interdiction de prix excessifs, de prix prédateurs,
  • interdiction de pratiques discriminatoires, etc.

A l’issue des analyses de marché qu’il conduit, le régulateur peut également imposer des obligations :

- relatives aux services de détail et notamment aux prix de détail lorsque le marché n’est pas suffisamment concurrentiel et que les obligations imposées aux opérateurs puissants au titre de l’accès et de l’interconnexion sur les marchés de gros sous-jacents ne sont pas suffisantes ;

- aux opérateurs puissants sur le marché du raccordement au service téléphonique fixe qui sont tenus de proposer une offre de sélection ou de présélection du transporteur.

Des obligations peuvent également être imposées à des opérateurs non puissants. Elles sont destinées à obliger les opérateurs qui contrôlent l’accès aux clients finals à assurer la connectivité de bout en bout. Elle peuvent également être imposées pour tenir compte de la nécessité de se conformer à des engagements internationaux.

Du régime des autorisations au régime déclaratif

Les textes européens ont posé le principe de la liberté d’établissement et d’exploitation d’un réseau ouvert au public et la fourniture de services de communications électroniques au public. On passe ainsi d’un régime d’autorisation individuelle à un régime d’autorisation générale. En conséquence, l’ARCEP n’instruit plus de demande d’autorisation individuelle et le ministre en charge des télécommunications ne délivre plus de licence. Toutefois, les opérateurs sont tenus de fournir une déclaration à l’ARCEP qui leur remet un récépissé leur permettant de se prévaloir de leurs droits (interconnexion, droits de passage, etc.) et de connaître leurs obligations (taxes, contribution au financement du service universel, etc.).

L’établissement et l’exploitation d’un réseau indépendant (PMR, faisceaux hertziens, VSAT, etc) sont également libres et ne sont soumis à aucun régime déclaratif.

L’attribution et la gestion des ressources rares

Le nouveau cadre juridique maintient les compétences de l’ARCEP pour l’attribution de ressources rares que sont les fréquences ou les numéros nécessaires à l’activité des opérateurs. Leur attribution, qui s’effectue dans des conditions objectives, transparentes et non discriminatoires, fait l’objet d’une autorisation individuelle délivrée à l’opérateur demandeur et reste soumise au paiement d’une redevance. Le nouveau régime prévoit le maintien des droits acquis au titre des licences précédemment attribuées. Le délai d’instruction pour l’attribution de fréquences est limité à six semaines et pour l’attribution de blocs de numéros à trois semaines.

Toutefois, en cas de rareté avérée des fréquences, l’ARCEP peut proposer au ministre en charge des télécommunications, après consultation publique, les conditions de leur attribution. Le délai d’instruction dans ce cas ne peut dépasser huit mois.

Le service universel

Aux termes de la loi du 31 décembre 2003 qui a transposé la directive européenne " service universel " du 7 mars 2002, l’ARCEP doit :

- déterminer les principes et les méthodes du service universel ;

- déterminer les montants des contributions au financement des obligations de service universel désormais assises sur le chiffre d’affaires réalisé au titre des services (hors interconnexion) ;

- assurer la surveillance des mécanismes de financement ;

- sanctionner tout défaut de versement de contributions par un opérateur.

L’ARCEP doit par ailleurs veiller à ce que la fourniture d’un ensemble minimum de lignes louées prévu par la directive " service universel " se fasse dans des conditions non discriminatoires, à des tarifs orientés vers les coûts et en toute transparence.

La régulation tarifaire

Le contrôle tarifaire peut être imposé à double titre à un opérateur :

- au titre du service universel ;

- au titre de la situation concurrentielle du marché, à condition que les obligations d’accès et d’interconnexion imposées sur les marchés de gros sous-jacents ne suffisent pas à remédier aux problèmes concurrentiels identifiés sur les marchés de détail.

Il peut s’exercer selon différentes modalités (encadrement pluri-annuel, " price cap ", droit d’opposition motivé de l’ARCEP, …).

Le règlement des litiges

L’ARCEP dispose d’un pouvoir de règlement des litiges entre opérateurs. Elle est chargée du règlement des différends entre opérateurs dans trois domaines :

- le refus d’interconnexion, la conclusion et l’exécution des conventions d’interconnexion et les conditions d’accès à un réseau de télécommunications ;

- la mise en conformité des conventions comportant des clauses excluant ou apportant des restrictions de nature juridique ou technique à la fourniture de services de télécommunications sur les réseaux câblés ;

- les possibilités et les conditions d’une utilisation partagée des installations existantes situées sur le domaine public ou sur une propriété privée.

Le nouveau cadre juridique impose à l’ARCEP un délai de quatre mois pour rendre sa décision, délai qui peut toutefois, en cas de circonstances exceptionnelles, être porté à six mois.

Le pouvoir de sanction

L’ARCEP dispose d’un pouvoir de sanction à l’encontre des opérateurs ne remplissant pas leurs obligations. Elle peut ainsi leur retirer des ressources en fréquences et en numérotation et, en cas d’urgence, elle peut désormais prendre des mesures conservatoires.

Secteur Postal

L’instauration d’un cadre pour le marché du " courrier "

Le champ de la régulation s’étend aux activités de services postaux qui comprennent la levée, le tri, l’acheminement et la distribution des envois postaux dans le cadre de tournées régulières. En sont donc exclues, la distribution de publicité non adressée, la course urbaine et le transport express, secteurs ouverts à la concurrence, relevant du droit de la concurrence

La Poste, en tant qu’opérateur du service universel, dispose d’un secteur réservé (monopole). Conformément à la directive de 2002, le monopole de La Poste est circonscrit, jusqu’à fin 2005, aux envois de correspondance (courrier adressé des ménages et des entreprises,

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La République française s’ancre dans une histoire institutionnelle longue et mouvementée. La Révolution de 1789 s’est avérée incapable de doter la France d’institutions en adéquation avec les principes proclamés, notamment par la Déclaration des droits du 26 août 1789 qui fait par exemple de la séparation des pouvoirs la base de tout projet constitutionnel. Elle a expérimenté de nombreux régimes, de la monarchie parlementaire à la Ire République conventionnelle et à la dictature napoléonienne devenue monarchie impériale, qui tenteront en vain de s’implanter au XIXe siècle. Il a fallu attendre le dernier tiers du XIXe siècle pour que la République s’enracine dans un régime parlementaire marqué par la toute puissance des assemblées. Ce régime, malgré l’effondrement de 1940, fut reconstitué à l’identique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

La IVe République, caractérisée par une grande instabilité institutionnelle, n’ayant pas survécu aux guerres coloniales (Indochine, Algérie), la France s’est dotée en 1958 d’une Constitution qui n’est dépassée en longévité que par les lois constitutionnelles de la IIIe République. Sous l’impulsion du général de Gaulle, la Ve République a refondé le régime parlementaire en rééquilibrant les institutions, afin de donner à l’État les moyens d’une action à long terme qui résiste aux contingences politiques.

La Ve République est donc l’héritière de la tradition républicaine tout en tentant la synthèse entre les régimes qui se sont succédé en deux siècles.
 
La Constitution du 4 octobre 1958 régit le fonctionnement des institutions de la Ve République. Elle a été révisée à plusieurs reprises : élection du président de la République au suffrage universel direct (1962), introduction d’un nouveau titre relatif à la responsabilité pénale des membres du gouvernement (1993), instauration d’une session unique du Parlement, extension du champ du référendum (1995), dispositions transitoires relatives au statut de la Nouvelle-Calédonie (1998), établissement de l’Union économique et monétaire, égal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux et fonctions électives, reconnaissance de la juridiction de la Cour pénale internationale (1999), réduction du mandat présidentiel (2000), réforme de la responsabilité pénale du chef de l’Etat, inscription dans la Constitution de l’interdiction de la peine de mort, réforme sur l’autonomie de la Nouvelle-Calédonie (2007).